Thierry Laudren  —  Mobilier d'artiste
 
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n° 105 - janvier - mars 2009

Quand le mobilier devient une œuvre d'art

" Je veux créer des sculptures qu'on a le droit de toucher, qu'on découvre en manipulant les composantes, les tiroirs et les portes. " - Thierry LAUDREN

Sommaire

  • un parcours atypique
  • du range-CD au meuble Bestiaire
  • Un mobilier poétique et énigmatique
  • monuments historiques
  • Voir les pages de la Revue - attention :PDF de 5,5 Mo
  • Un parcours atypique

Thierry Laudren n'était pas destiné à devenir sculpteur sur bois. Fils d'agriculteurs, l'artiste a passé son enfance dans les cours de fermes sans vraiment s'intéresser au travail de la terre. Il préférait "s'amuser avec ce qui trainait". Tout petit déjà, il observait les fabrications, assemblait des morceaux de bois, bricolait de petits objets insolites. Dès l'âge de 12 ans, il taillait le bois à l'aide d'un couteau ou d'une hache pour modeler des personnages. Encore aujourd'hui, il se dit nostalgique de cette période qui a vu naître sa passion pour la sculpture. L'évidence fut ensuite de s'inscrire en CAP de sculpteur spécialisé en ornement, à Auray (Bretagne). Thierry ne regrette pas cette époque : "J'y ai appris des bases techniques solides essentielles".

Le jeune sculpteur ne veut pas s'arrêter là. Il poursuit alors des études d'ébénisterie à l'école Boulle "afin de s'ouvrir à d'autres choses, d'autres matériaux, différents styles". Il y découvre le goût de la recherche, y développe sa curiosité et apprend la diversité du métier.

Malgré cela, Thierry ne sait pas comment utiliser son art, et mettre en valeur son univers imaginaire. Il prend le risque de délaisser la sculpture sur bois pendant huit ans et se reconvertit en maquettiste-volume et graphiste. Parallèlement, il se forme au dessin de nu, au modelage et à la peinture. Ce laps de temps lui permet de réfléchir à son projet et de le faire mûrir. "Je ne voulais pas revenir dans ce milieu pour faire de l'ornementation. Je ne savais pas comment mettre à profit ce que j'avais appris pour faire quelque chose qui me corresponde plus, quelque chose de plus important à mes yeux, plus grand", se souvient-il.
La mutation de sa femme à Rennes provoque en lui le déclic. Quelques croquis de meubles-sculptures en poche, il s'installe dans un atelier qui ouvrira ses portes au public un an plus tard. Dès lors, une nouvelle aventure commence pour lui.

Du range-CD au meuble Bestiaire

Dans un premier temps, Thierry Laudren se fait connaître par la réalisation de petits objets (lampes, pendules et quelques meubles-sculptures comme des colonnes range-CD qui vont lancer l'activité. Au fil du temps, il laisse aller son imagination, et cela marche ! Plus singulières et fantaisistes, ses pièces sont un appel à la nature. Parmi ses clients, il faut compter de grands chefs d'entreprise en quête d'"œuvres d'art" ou des architectes friands de nouveautés. Il fait en général leur rencontre au salon Maison & Objet auquel il participe deux fois par an. Ses thèmes de prédilection ? Les arbres, les animaux et les corps en mouvement.
Pour lui, l'aspect utilitaire est secondaire : "Je veux surtout créer des sculptures qu'on a le droit de toucher, qu'on découvre en manipulant les composantes, les tiroirs et les portes."

Mais d'où vient toute cette imagination ? Cette question, on la lui a souvent posée et Thierry Laudren se sent toujours embarrassé :
"Je n'explique pas mes sculptures, je les fais, je les vis."

Certains se hasardent à dire que la vision qu'il avait de la ferme étant enfant ressurgit, d'autres y voient des références mythologiques. Il est vrai que de nombreux livres jonchent le sol de son atelier : l'architecture organique du Catalan Gaudi, l'art taïnos (une ethnie amérindienne qui occupait les grandes Antilles) ou le peuple des Dogons... Tout y passe !
Mais en réalité, Thierry ne fait que suivre son instinct. II reconnaît toutefois avoir quelques modèles, "sans prétendre pouvoir un |our les égaler": le couple de sculpteurs français Claude et François-Xavier Lalanne ainsi que le graveur et sculpteur Alexandre Noll.
Il peut parfois y avoir une durée de cinq à six ans entre la conception et la réalisation des œuvres. Thierry Laudren l'explique simplement : "je fais beaucoup trop de dessins, des centaines. Puis je les mets de côté. Je les ressors quelques années après et je les vois sous un autre jour. Ils correspondent à ce que je veux faire sur instantané !"

Un mobilier poétique et énigmatique

"II est plus facile d'expliquer par le travail que par des mots." Toute la difficulté de son travail d'artiste réside dans cette déclaration.

Thierry Laudren aimerait que l'on regarde certaines de ses œuvres comme on lit un poème. Un texte qui se ressent et qui ne s'oublie pas. Le sculpteur de bois pense avoir trouvé le matériau idéal pour cela avec le chêne. "Je ne recherche pas le luxe, mais la qualité et une belle couleur. Le chêne m'apporte tout cela", estime-t-il. ll se procure depuis toujours le bois dans une scierie située près de son atelier. "Je n'apprécie pas le mélange des bois. D'instinct, je vais toujours vers le chêne, cela donne plus de force à mon meuble et c'est moins de complications !" Peintures, céramiques et cires apportent en général les finitions souhaitées. En revanche "pièces vernies" est un terme banni de son vocabulaire.

journal du bois
Certaines productions sont plus évidentes que d'autres à réaliser. Récemment, "Voisins Voisines" a été un véritable casse-tête : "C'est une pièce que je voulais à la fois forte, poétique et énigmatique. J'ai eu du mal à trouver un équilibre pour que l'on comprenne ma démarche." Il est tout de même aidé parfois par ses amis, L'un d'eux, professeur de français, a rédigé une note sur le meuble :

"On regarde par la fenêtre, dans la rue, les gens qui passent... On s'épie aussi, entre voisins, quand on ne se croit pas observé. Secrets cachés derrière les lourdes portes sombres, secrets devinés derrière les fenêtres, comme quand on se penche pour embrasser du regard, le coeur battant, les mystères d'un puits ténébreux. Tout un monde de non-dits, de fantasmes noirs comme la nuit. Une comédie humaine à tiroirs !"

voisins

Monuments historiques

Parallèlement à ses activités de sculpteur, Thierry Laudren restaure les charpentes sculptées des XVe et XVIe siècles pour les Monuments historiques de Bretagne, Parmi ses nombreuses interventions, certaines sont de grande envergure. Par exemple, pour l'église saint-Jean-de-Baly, de Lannion, Thierry Laudren a dû relever le défi de "conserver l'esprit de l'époque et garder une unité dans l'ensemble du décor". Le sculpteur a dû procéder à une profonde réfection des culots de chêne de l'église de Baudilis (Finistère) et sculpter une poutre de chêne - longue de huit mètres et sculptée sur six - pour l'église Lampaul-Guimiliau (Finistère).

Texte : Claire BOULLAND
mars 2009